Grossesse après PMA : refaire confiance à son corps
Dernière mise à jour : 7 oct.

Le test est positif.
Après les examens, les traitements, les injections, les prises de sang, les échographies, l’attente… la grossesse est enfin là.
Et pourtant, on ne quitte pas toujours la PMA aussi facilement...
Parce que pendant des mois, parfois des années, on a appris à attendre qu’un résultat nous dise où nous en étions. On a appris à regarder des taux, des follicules, des embryons. À attendre qu’un professionnel nous dise si l’étape suivante pouvait commencer.
Puis la grossesse arrive.
Et lorsque rien ne nécessite médicalement un suivi particulier, elle peut devenir une grossesse tout à fait classique.
Seulement voilà : le corps, lui, n’est pas toujours redevenu un endroit auquel on fait confiance.
Après la PMA, sortir de la posture de patiente
La PMA médicalise énormément le corps.
C’est nécessaire. C’est parfois ce qui permet à cette grossesse d’exister.
Mais cette médicalisation laisse aussi des habitudes.
Vérifier.
Mesurer.
Attendre un résultat.
Chercher une validation extérieure.
Alors lorsque les rendez-vous commencent à s’espacer, le silence peut devenir inquiétant.
Pendant le protocole, quelques jours pouvaient suffire avant la prochaine prise de sang ou la prochaine échographie.
Pendant la grossesse, plusieurs semaines peuvent séparer deux consultations.
Et soudain une question revient :
Comment savoir que tout va bien si personne ne vérifie ?
C’est là que peut apparaître cette hypervigilance que je trouve particulièrement importante à comprendre après une PMA.
L’hypervigilance ne disparaît pas avec le test positif
La grossesse était attendue. Parfois depuis très longtemps.
Alors il peut être difficile de simplement… être enceinte.
Certaines femmes ressentent :
le besoin fréquent d’être rassurées ;
beaucoup d’anxiété entre deux échographies ;
une difficulté à croire leur corps capable de poursuivre cette grossesse ;
une attention extrême portée au moindre symptôme ;
la peur que tout puisse s’arrêter brutalement, notamment lorsqu’il y a déjà eu des échecs ou des fausses couches.
Et je trouve important de ne pas balayer cela d’un simple :
« Maintenant, profite. »
On ne commande pas la confiance. Elle se reconstruit.
Réapprendre à faire confiance à son corps
Dans un parcours PMA, le corps peut donner l’impression de ne pas savoir faire.
Il faut l’aider.
Le stimuler.
Le surveiller.
Contourner certaines difficultés.
Alors quand la grossesse arrive, entendre simplement « fais confiance à ton corps » peut presque sembler absurde.
Pourtant, je crois profondément que cette confiance mérite d’être reconstruite.
Pas en niant ce qui s’est passé.
Pas en rejetant la médecine qui a parfois permis cette grossesse.
Mais en retrouvant peu à peu une autre relation avec son propre corps.
Un corps que l’on ne regarde plus uniquement à travers des résultats.
Un corps que l’on recommence à ressentir.
Un corps qui change, qui porte, qui s’adapte.
Passer du corps surveillé au corps qui vit.
Pour moi, c’est une étape essentielle après la PMA.
Une grossesse après PMA n’a pas forcément besoin d’être davantage médicalisée
C’est un point auquel je tiens.
Avoir eu recours à une PMA ne signifie pas automatiquement que toute la grossesse doit être vécue comme une grossesse pathologique.
Bien sûr, certaines situations médicales nécessitent une surveillance particulière. Chaque histoire est différente et le suivi doit toujours être adapté à la situation réelle de la femme et de son bébé.
Mais lorsque ce n’est pas le cas, pourquoi continuer à regarder cette grossesse uniquement à travers le prisme du risque ?
La médecine reste une ressource précieuse.
Elle ne devrait simplement pas prendre toute la place.
Car il existe une différence importante entre être suivie et ne plus se sentir capable de prendre part aux décisions qui concernent son propre corps.
Retrouver sa place dans son accouchement
Cette question de confiance ne s'arrête pas à la grossesse.
Elle se retrouve aussi dans la préparation à la naissance.
Quand on vient d’un parcours extrêmement médicalisé, il peut sembler presque naturel de continuer à laisser les professionnels décider.
Quand déclencher ?Comment surveiller ?Quelle position adopter ?Quand intervenir ?Que peut-on accepter, refuser, discuter ?
Je ne crois pas qu’une naissance réussie soit forcément une naissance physiologique.
Et une césarienne n’est évidemment pas un échec.
Ce que je défends, c’est autre chose : comprendre ce qui se passe et pouvoir prendre part aux décisions.
Parce qu’une intervention médicalement nécessaire et comprise n’est pas vécue de la même manière qu’une succession d’actes que l’on découvre au fur et à mesure sans vraiment savoir pourquoi.
Après une PMA, je trouve cette réappropriation particulièrement importante.
La médecine a occupé beaucoup de place pour permettre la conception.
La naissance peut aussi devenir un moment où la femme retrouve pleinement la sienne.
Le projet de naissance après une PMA
C’est exactement pour cette raison que j’aime le projet de naissance.
Pas comme une commande passée à la maternité.
Pas comme le scénario idéal auquel tout le monde devrait se conformer.
Mais comme un outil de réflexion.
Préparer son projet de naissance, c’est se demander :
Qu’est-ce qui est important pour moi ?
Qu’est-ce qui me rassure ?
Qu’est-ce qui me fait peur ?
Quelles interventions ai-je besoin de mieux comprendre ?
Quelle place est-ce que je souhaite prendre dans les décisions ?
Que voudrais-je préserver, même si la naissance ne se déroule pas comme imaginé ?
Après une PMA, ces questions peuvent prendre une profondeur particulière.
Parce qu’après avoir passé beaucoup de temps à suivre un protocole, il peut être précieux de recommencer à se demander ce que l’on souhaite, soi.
C’est dans cet esprit que j’ai créé mon livret de projet de naissance après PMA.
Pas pour promettre une naissance parfaite.
Mais pour aider à réfléchir, s’informer, poser les bonnes questions et arriver le jour de la naissance avec davantage de repères.
Il sera bientôt disponible en ligne, volontairement à tout petit prix, parce que je veux que cet outil reste facilement accessible.
Et puis il y a l’allaitement
Je vais être claire : je suis profondément favorable à l’allaitement.
Pas parce que je pense qu’une femme devrait être jugée sur la manière dont elle nourrit son enfant.
Mais parce que je sais tout ce que l’allaitement peut représenter lorsque l’on a traversé une PMA.
Pour certaines femmes, il peut devenir une étape très forte dans la relation à leur corps.
Après avoir parfois passé des années à penser :
Mon corps n’y arrive pas.
Il peut y avoir quelque chose de profondément réparateur à découvrir :
Mon corps peut aussi nourrir mon bébé.
L’allaitement n'est évidemment pas une preuve de valeur. Il peut être difficile, nécessiter de l’aide, être interrompu ou ne pas se dérouler comme prévu.
Mais lorsqu’une femme souhaite allaiter, je crois qu’elle mérite mieux qu’un « si ça marche, tant mieux ».
Elle mérite de l’information.
Du soutien.
Des professionnels formés.
Et surtout qu’on ne décide pas à sa place, dès les premières difficultés, que son corps n’en serait pas capable.
Après un parcours PMA, cette question me touche particulièrement.
Parce que reconstruire la confiance passe aussi parfois par là.
La médecine peut aider à concevoir, mais elle ne doit pas faire disparaître la femme.
Je ne suis pas opposée à la médecine.
Ce serait absurde après avoir accompagné et vécu des parcours dans lesquels elle occupe une place aussi précieuse.
Mais je refuse l’idée selon laquelle être reconnaissante envers la médecine obligerait ensuite à lui abandonner toute sa grossesse, toute sa naissance ou ses choix autour de l’allaitement.
On peut avoir eu besoin d’elle.
Et vouloir ensuite retrouver davantage d’autonomie.
On peut accepter une intervention lorsqu’elle est nécessaire.
Et demander pourquoi lorsqu’elle est proposée.
On peut écouter les professionnels.
Et continuer à écouter son propre corps.
Après la PMA, il ne s’agit pas de tourner la page.
Il s’agit plutôt d’apprendre progressivement à ne plus vivre uniquement comme une patiente.
À redevenir une femme enceinte.
Puis une femme qui met au monde son enfant.
Et, si elle le souhaite, une femme qui découvre aussi que ce corps dont elle a parfois tellement douté peut nourrir son bébé.
La PMA nous apprend à attendre que la médecine nous dise ce que notre corps peut faire.
La grossesse peut aussi être le moment où l’on recommence doucement à l’écouter.
Marie


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