Tétée d’accueil ou tétée de bienvenue : ce que j’aimerais que les parents sachent avant la naissance.
Dernière mise à jour : 5 oct.
On parle beaucoup de la tétée d’accueil, de la tétée de bienvenue, de cette fameuse première mise au sein juste après la naissance.
Et oui, elle peut avoir son importance.
Mais ce n’est pas vraiment ce dont j’ai envie de parler ici.
Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont cette première tétée est proposée.
Parce qu’entre ce que bébé est capable de faire seul, ce que sa mère vient de traverser, le manque de temps, des professionnels pas toujours suffisamment formés à l’allaitement et des parents qui découvrent tout cela sur le moment, il peut vite y avoir un décalage entre aider et faire à la place.
Et c’est probablement le point auquel je tiens le plus :
Aider une mère et son bébé à démarrer un allaitement ne devrait jamais signifier prendre le contrôle de leurs corps.

Pourquoi s’informer sur la tétée d’accueil avant l’accouchement ?
Parce qu’après une naissance, ce n’est pas forcément le meilleur moment pour découvrir tout cela.
Tu peux être fatiguée.
Émue.
Soulagée.
Sidérée.
Encore complètement ailleurs.
Et parfois tout ça à la fois.
Quand je revois les photos de la première tétée de Capucine, c’est exactement ce que je retrouve.
Du flou.
Je venais d’accoucher et, à ce moment-là, je n’avais même pas encore vraiment réalisé qu’elle était là.
Pourtant, il fallait déjà la faire téter.
Je me souviens d’avoir eu le sentiment qu’on me pressait, qu’on me forçait un peu la main. Pas forcément avec de mauvaises intentions. Mais je n’étais clairement pas disponible pour comprendre ce qui se passait, poser des questions ou réfléchir à ce que je voulais.
La suite de notre allaitement n’a d’ailleurs pas été simple : mauvaise succion, tire-allaitement, beaucoup d’adaptations…
Est-ce que cette première expérience a joué un rôle dans nos difficultés ?
Je n’en sais rien.
Et je ne vais pas inventer un lien de cause à effet simplement parce qu’il servirait mon propos.
Mais je sais une chose : ce moment aurait pu être plus doux, plus expliqué et davantage respectueux de notre rythme.
C’est aussi pour cela que je crois énormément à l’information avant la naissance.
Pas pour arriver en salle de naissance prête à se battre avec l’équipe médicale.
Mais pour avoir quelques repères simples au moment où tu n’auras peut-être ni l’envie ni l’énergie de tout découvrir.
Que peut faire un nouveau-né lors de sa première mise au sein ?
Lorsque l’état de la mère et du bébé le permet, le peau à peau après la naissance offre au nouveau-né un environnement particulièrement favorable.
Chaleur, odeur, proximité, voix familière…
Certains bébés vont progressivement commencer à bouger, ouvrir la bouche, sortir la langue, chercher avec le nez et les lèvres et se diriger vers le sein.
On parle parfois de breast crawl pour décrire ces comportements spontanés du nouveau-né qui cherche le sein.
C’est assez fascinant à observer.
Mais ce n’est pas une performance à réussir.
Tous les bébés ne vont pas ramper jusqu’au sein dans les minutes qui suivent leur naissance. Certains seront très éveillés. D’autres fatigués. Certains auront besoin de soins. D’autres auront simplement besoin de plus de temps.
L’objectif n’est donc pas de lancer un chronomètre en attendant que bébé ait « réussi sa tétée ».
L’idée est plutôt de lui offrir, quand c’est possible, les conditions qui lui permettent d’exprimer ses compétences.
Accompagner la première tétée sans faire à la place de bébé
C’est là que les choses peuvent parfois se compliquer.
Bien sûr qu’une mère ou un bébé peuvent avoir besoin d’aide.
On peut proposer une position.
Expliquer ce qu’on observe.
Aider la mère à s’installer.
Montrer comment exprimer quelques gouttes de colostrum.
Soutenir un bébé qui peine à prendre le sein.
Mais accompagner n’est pas manipuler sans expliquer.
Attraper la tête du bébé pour la diriger vers le sein, prendre le sein d’une femme dans sa main sans lui demander son accord ou multiplier les injonctions n’est pas anodin.
Le consentement ne disparaît pas parce qu’on vient d’accoucher.
Avant de toucher le corps d’une femme, on peut expliquer ce que l’on souhaite faire.
Demander son accord.
Et attendre sa réponse.
Ça paraît évident écrit comme ça.
Dans la réalité d’une salle de naissance, ça ne l’est malheureusement pas toujours.
Manque de temps, formation à l’allaitement : pourquoi l’accompagnement peut devenir trop directif
Je ne crois pas à l’opposition entre « les méchants soignants » et « les gentils parents ».
Les professionnels veulent, dans leur immense majorité, aider.
Mais la bonne volonté ne suffit pas toujours.
Les équipes n’ont pas toutes le même niveau de formation spécifique en allaitement.
Elles n’ont pas non plus toujours le temps nécessaire pour attendre, observer et accompagner une première mise au sein pendant de longues minutes.
Il y a aussi les habitudes de service.
Les gestes appris depuis longtemps.
Les informations parfois contradictoires d’un professionnel à l’autre.
Et puis il y a les parents.
Eux non plus ne savent pas forcément ce qui peut se passer.
Ils viennent d’avoir un bébé et découvrent parfois en quelques minutes le peau à peau, le colostrum, la prise du sein, les positions d’allaitement et tout un vocabulaire qu’ils n’avaient jamais entendu auparavant.
C’est précisément là qu’une information claire et simple en amont prend tout son sens.
Être informée avant ne signifie pas vouloir tout contrôler
Préparer cette première rencontre ne veut pas dire rédiger un scénario auquel tout le monde devra obéir.
Une naissance reste une naissance.
Il peut y avoir un imprévu, une césarienne, des soins nécessaires pour la mère ou pour le bébé, une séparation temporaire.
L’information ne sert pas à supprimer ces réalités.
Elle permet simplement de comprendre ce qui est proposé et de participer aux décisions.
Tu peux savoir avant la naissance que tu aimerais favoriser le peau à peau.
Que tu souhaites laisser quelques minutes à ton bébé avant de l'aider.
Que tu veux qu’on t’explique un geste avant de toucher ton sein.
Ou au contraire que tu souhaites être guidée davantage.
Ce qui compte, c’est que tu puisses choisir.
Pas que tu choisisses comme moi.
Le conjoint ou l’accompagnant a aussi une place importante
C’est une partie de la préparation que je trouve trop souvent oubliée.
La mère n’a pas à être la seule personne responsable de se souvenir de tout ce qu’elle avait prévu.
Le conjoint ou la personne choisie pour accompagner la naissance peut connaître les grandes lignes de ses souhaits.
Pas pour parler systématiquement à sa place.
Mais pour être là quand elle n’a plus l’énergie de répéter quelque chose.
Pour demander :
« Est-ce qu’on peut lui laisser encore un peu de temps ? »
Ou simplement rappeler :
« Elle souhaitait qu’on lui explique avant d’intervenir. »
Cette personne peut devenir un véritable soutien dans la communication avec l’équipe.
Et ça aussi, ça se prépare avant.
Et si la tétée d’accueil n’a pas lieu ?
Alors tu n’as rien raté.
Et ton bébé n’a pas été moins bien accueilli.
Une césarienne, une naissance difficile, une prématurité, des soins médicaux ou une séparation peuvent empêcher une mise au sein immédiate.
Parfois, c’est simplement la mère qui n’en a pas envie à ce moment-là.
Cela existe aussi.
Une première mise au sein précoce peut favoriser le démarrage de l’allaitement lorsqu’elle est possible.
Mais cette première tétée ne décide pas, à elle seule, de toute la suite de ton allaitement.
Il faudra parfois davantage de soutien ensuite.
Peau à peau quand il devient possible.
Nouvelle proposition du sein.
Expression manuelle du colostrum.
Accompagnement par une sage-femme ou une professionnelle formée en lactation.
L’objectif n’est pas de « rattraper » quelque chose que tu aurais raté.
C’est de repartir de la situation réelle de ton bébé et de la tienne.
Tétée de bienvenue : un nom que j’aime de moins en moins
Avec le temps, je me suis d’ailleurs mise à moins aimer cette expression de « tétée de bienvenue ».
Parce qu’elle donne presque l’impression que cette tétée serait une façon particulière de souhaiter la bienvenue à son bébé.
Alors non.
Un bébé qui reste contre sa mère sans téter est accueilli.
Un bébé né par césarienne est accueilli.
Un prématuré qui doit partir rapidement en soins est accueilli.
Un bébé nourri au biberon est accueilli.
Et une mère dont les premières heures avec son enfant ne ressemblent absolument pas à ce qu’elle avait imaginé n’a pas raté sa rencontre avec lui.
Cette première tétée peut être un très beau moment.
Elle peut être utile.
Elle mérite d’être soutenue lorsqu’elle est souhaitée et possible.
Mais elle n’a pas besoin d’être parfaite.
Ce que j’aimerais surtout que tu retiennes
Avant la naissance, quelques informations peuvent suffire :
comprendre ce que ton bébé peut faire spontanément ;
savoir que l’aide peut être proposée sans devenir intrusive ;
savoir que ton consentement reste nécessaire ;
parler de tes souhaits avec ton conjoint ou ton accompagnant ;
savoir aussi que si cette première tétée ne se passe pas comme prévu, l’histoire de ton allaitement ne s’arrête pas là.
Je ne peux pas te dire comment devra se passer ta première mise au sein.
Et ce n’est pas mon rôle.
Mon rôle, c’est de t’aider à comprendre ce qui peut se passer pour que, le moment venu, les décisions puissent vraiment t’appartenir.
Marie




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