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Comprendre les pleurs et le sommeil du nourrisson

9 juil. 2024
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 7 oct.

Nouveau-né endormi contre sa mère

Il y a une phrase que j’aimerais pouvoir glisser à beaucoup de jeunes parents :

Si votre bébé ne dort pas 16 heures seul dans son lit, cela ne veut pas dire qu’il a un problème de sommeil.

Parce que ce fameux chiffre des 16 heures, on le lit partout.

Et forcément, quand on a un bébé qui dort vingt minutes, se réveille dès qu’on le pose, réclame les bras, tète, se rendort, se réveille deux heures plus tard… on finit par se demander ce qu’on fait mal.

La réponse est parfois très simple : rien.

16 heures de sommeil… mais pas forcément comme vous l’imaginez

En France, les recommandations donnent comme repères environ 14 à 17 heures de sommeil sur 24 heures entre 0 et 3 mois, puis 12 à 16 heures entre 4 et 11 mois.[1]

Au Canada, la Société canadienne de pédiatrie rappelle qu’un nouveau-né peut dormir jusqu’à 18 heures par jour, généralement par périodes de 3 à 4 heures.[2]

Et l’ONE, en Belgique, précise justement que le tout petit bébé ne dort généralement pas plus de deux à trois heures d’affilée et qu’il ne fait pas encore la différence entre le jour et la nuit.[3]

Autrement dit, quand on parle de 14, 16 ou 18 heures, on additionne tout le sommeil des 24 heures.

Les siestes.

Les petits sommes.

Le sommeil de nuit.

Les périodes de sommeil de trente minutes comme celles de trois heures.

Ce chiffre ne dit pas que votre bébé devrait passer 16 heures seul dans son lit.

Et surtout, il s’agit d'un repère, pas d'un quota à respecter.


Parce que les différences entre bébés sont énormes

C'est probablement la partie que je trouve la plus importante.

Une étude ayant suivi 874 nourrissons a retrouvé, chez les bébés de quatre mois, une moyenne de 14,8 heures de sommeil par jour.

Mais derrière cette moyenne, certains dormaient 11 heures et d'autres plus de 19 heures.[4] PubMed

Plus récemment, deux grandes cohortes de bébés nés à terme et en bonne santé ont montré des écarts encore plus impressionnants.

À trois mois, le sommeil total rapporté allait de 6 à 20,5 heures par 24 heures.

À six mois : de 6,6 à 21 heures.

À huit mois : de 8 à 21 heures.[5]

Ce sont des extrêmes observés dans les études, pas une nouvelle « norme » disant qu’entre 6 et 21 heures tout va forcément bien.

Mais ils montrent quelque chose d'essentiel :

une moyenne cache une énorme diversité.

Une revue scientifique portant sur 74 études arrive d'ailleurs au même constat : les durées et l'organisation du sommeil varient considérablement au cours de la première année et les valeurs retrouvées diffèrent beaucoup d'une étude à l'autre.[6]

Alors oui, votre bébé peut dormir moins que celui de votre sœur, davantage que celui de votre voisine et changer encore complètement de rythme quelques semaines plus tard.

Bébé, lui, n'a pas lu le tableau des 16 heures.


« Il ne dort que dans mes bras »

Cette phrase revient énormément.

Et elle est souvent suivie de :

« Il faudrait pourtant qu'il apprenne à dormir seul… »

Alors remettons deux choses à leur place.

Il existe des recommandations importantes concernant la sécurité du sommeil.

Mais elles ne disent pas qu'un nouveau-né devrait être capable de s'endormir seul, de ne jamais réclamer les bras ou de dormir de longues heures sans son parent.

Le besoin de contact n'est pas un défaut qu'il faudrait rapidement faire disparaître.

L'Institut national de santé publique du Québec rappelle par exemple que l'on ne « gâte » pas un jeune bébé en le prenant dans les bras et en répondant à son besoin de réconfort. La Société canadienne de pédiatrie va dans le même sens.[7]

Cela ne veut pas dire que tous les bébés doivent dormir dans les bras.

Certains acceptent très vite leur berceau.

D'autres beaucoup moins.

Certains pourront être posés après quelques minutes.

D'autres ouvriront immédiatement deux grands yeux au moment précis où leur dos touche le matelas.

Bienvenue dans la grande loterie du nourrisson.

Le fait d'avoir besoin de proximité pour s'endormir n'est pas, à lui seul, un trouble du sommeil.


Et les nuits dans tout ça ?

Là aussi, nos attentes d'adultes peuvent nous jouer des tours.

Nous avons tendance à considérer qu'une « bonne nuit » signifie une longue période de sommeil sans réveil.

Le nouveau-né, lui, fonctionne autrement.

Son organisation jour/nuit se construit progressivement. L'ONE rappelle qu'au début il dort par petites périodes réparties sur toute la journée et toute la nuit.[3]

Et même plusieurs mois plus tard, le sommeil reste loin d'être parfaitement régulier.

Une étude québécoise a observé le sommeil de bébés de six mois pendant treize nuits.

La moitié n'a jamais dormi huit heures consécutives sur l'ensemble de ces treize nuits.

Environ un bébé sur cinq n'a même jamais dormi six heures d'affilée.

Surtout, la majorité alternait des nuits longues et des nuits beaucoup plus morcelées.[8] PubMed

Donc un bébé qui a « fait sa nuit » hier et se réveille trois fois ce soir n'a pas forcément régressé.

Il est peut-être simplement… un bébé.


Et pourquoi pleure-t-il autant ?

Parce que les pleurs font partie de ses moyens de communication.

Faim.

Fatigue.

Besoin de succion.

Inconfort.

Besoin de contact.

Trop de bruit.

Trop de stimulations.

Une douleur.

Ou parfois quelque chose que nous ne réussirons tout simplement pas à identifier.

Au Québec, le guide Mieux vivre avec notre enfant rappelle que les pleurs augmentent généralement à partir de la deuxième semaine, atteignent souvent un maximum autour de la sixième semaine puis diminuent progressivement vers trois ou quatre mois.[9]

Une méta-analyse de 2022 réunissant 57 études dans 17 pays retrouve elle aussi une période de pleurs particulièrement importante vers cinq à six semaines, mais surtout une très grande variabilité entre les bébés.[10]


Et les fameux « pleurs de décharge » ?

J'utilise aujourd'hui ce terme avec davantage de prudence.

Il parle très bien à beaucoup de parents : ce bébé qui semble relativement tranquille dans la journée et qui, arrivé en fin d'après-midi, pleure parfois longtemps alors qu'on a vérifié tout ce qu'on pouvait vérifier.

Mais « pleurs de décharge » n'est pas une catégorie médicale précise.

La littérature scientifique parle plutôt de pleurs, d'agitation, de pleurs prolongés ou parfois de coliques.

Ce qui est bien documenté en revanche, c'est que beaucoup de nourrissons traversent une période où ils pleurent davantage, notamment au cours des premières semaines.

Alors non, vous ne trouverez pas toujours une cause.

Et non, ne pas réussir à faire cesser immédiatement les pleurs ne signifie pas que vous êtes inutile.


Parfois, accompagner suffit

Évidemment, on commence par chercher.

A-t-il faim ?

Sa couche est-elle propre ?

A-t-il trop chaud ?

Trop froid ?

Est-il fatigué ?

Semble-t-il avoir mal ?

Puis on teste.

Les bras.

Le bercement.

Le mouvement.

Une ambiance plus calme.

Le peau-à-peau.

Le sein, s'il est allaité.

Une autre forme de succion.

Une promenade.

La France, la Belgique et le Québec proposent finalement des choses assez proches : réduire les stimulations, répondre aux besoins du bébé, le contenir, le porter, le bercer ou lui offrir du contact.[9,11]

Et parfois…

il pleure quand même.

C'est probablement l'une des choses les plus difficiles à accepter lorsqu'on devient parent.

Apaiser un bébé ne signifie pas forcément réussir à arrêter ses pleurs.

Vous pouvez être en train de lui apporter exactement ce dont il a besoin et pourtant l'entendre encore pleurer contre vous.

Votre présence n'est pas inutile pour autant.


Répondre à ses pleurs ne va pas en faire un enfant capricieux

Je retire ici quelque chose que j'avais écrit dans la première version de cet article.

Je parlais de cerveau reptilien, de néocortex et d'un âge précis avant lequel un enfant serait « incapable de faire un caprice ».

C'était beaucoup trop simpliste.

Ce que l'on peut dire plus sérieusement, c'est qu'un nouveau-né dépend profondément des adultes qui prennent soin de lui et qu'il utilise notamment les pleurs pour communiquer ses besoins.

Et surtout : répondre aux pleurs et réconforter un nourrisson ne va pas le « gâter ».

C'est clairement ce que rappellent les recommandations québécoises et canadiennes.[7,9]

Donc si vous avez envie de prendre votre bébé dans vos bras :

prenez-le.


Une chose importante : proximité et sécurité du sommeil ne s'opposent pas

Parce qu'il faut être très claire sur ce point.

Dire qu'un bébé a besoin de proximité ne signifie pas oublier les règles de sécurité.

Sur ce sujet, les recommandations françaises, belges et canadiennes sont particulièrement proches.

Pour dormir en sécurité, un nourrisson doit être couché :

  • sur le dos ;

  • sur une surface ferme et plane ;

  • dans un lit ou berceau adapté ;

  • sans oreiller, couette, tour de lit ou objet mou susceptible de gêner sa respiration ;

  • et idéalement dans la chambre de ses parents pendant les six premiers mois.[12–14]

Un bébé peut s'endormir dans vos bras.

Mais si vous risquez vous-même de vous endormir, notamment sur un canapé ou dans un fauteuil, il faut le transférer dans son espace de sommeil sécurisé.

C'est là que je trouve important de ne pas tout mélanger.

« Mon bébé a besoin de moi pour s'endormir » et « mon bébé doit dormir dans un environnement sécurisé » peuvent parfaitement être vraies en même temps.

La sécurité du sommeil n'est pas une méthode pour apprendre à un bébé à être autonome.


Quand faut-il en parler à un professionnel ?

La grande variabilité du sommeil et des pleurs ne signifie évidemment pas qu'il ne faut jamais s'inquiéter.

Un changement brutal de comportement, une somnolence inhabituelle, des difficultés à s'alimenter, une mauvaise prise de poids, des vomissements inhabituels, des difficultés respiratoires, une fièvre chez un très jeune nourrisson ou des pleurs vraiment différents de ceux que vous connaissez doivent amener à demander un avis médical.[9,11]

Et il y a une situation qui mérite aussi d'être prise au sérieux :

quand vous, vous n'en pouvez plus.

Les pleurs répétés peuvent pousser un parent épuisé très loin.

Si vous sentez la colère monter, posez votre bébé sur le dos, en sécurité dans son lit, éloignez-vous quelques minutes et demandez du relais.

La France, la Belgique et le Québec insistent toutes sur cette prévention.

Ne secouez jamais un bébé.[9,11]


Alors, est-ce que mon bébé dort « normalement » ?

Je crois que c'est finalement la mauvaise question.

Je regarderais plutôt :

Est-ce qu'il grandit correctement ?

Est-ce qu'il s'alimente ?

A-t-il des périodes où il est bien éveillé et réactif ?

Est-ce que son comportement vous semble habituel ?

Est-ce que quelque chose vous inquiète réellement ?

Parce qu'entre deux bébés en parfaite santé, les besoins de sommeil peuvent être extrêmement différents.

Et surtout :

14, 16 ou 18 heures de sommeil ne signifient pas 14, 16 ou 18 heures seul dans un lit.

Cela ne dit rien du nombre de réveils.

Cela ne dit rien de la durée de chaque sieste.

Cela ne dit rien du besoin de bras.

Cela ne dit rien du nombre de fois où vous allez essayer de le poser avant de réussir.

Un bébé ne devrait pas avoir à ressembler à une moyenne pour que l'on considère que tout va bien.


Marie



Pourquoi je croise des sources françaises, belges et canadiennes ?

Ma formation s’étant déroulée en Belgique, j’ai pris l’habitude de travailler avec des recommandations qui ne sont pas uniquement françaises. Je croise donc les données françaises avec celles de l’ONE et des autorités de santé belges, mais aussi avec les ressources canadiennes et québécoises, particulièrement développées en périnatalité et en santé du jeune enfant.

Les recommandations ne sont pas toujours formulées de la même manière d’un pays à l’autre. Les confronter permet de repérer ce qui est largement partagé dans les données scientifiques, mais aussi ce qui relève davantage des pratiques et recommandations propres à chaque pays.



Sources et références scientifiques

[1] Assurance Maladie. Enfants et adolescents : quelle activité physique et sportive ? Repères de sommeil : 14–17 h/24 h de 0 à 3 mois ; 12–16 h de 4 à 11 mois. Ameli

[2] Société canadienne de pédiatrie. Healthy sleep for your baby and child. Mise à jour novembre 2024. Caring for Kids

[3] Office de la Naissance et de l'Enfance (Belgique). Le sommeil de votre enfant. Le nouveau-né dort généralement par périodes de 2 à 3 heures et son rythme jour/nuit se met progressivement en place. One

[4] Wooding AR, Boyd J, Geddis DC. Sleep patterns of New Zealand infants during the first 12 months of life. Journal of Paediatrics and Child Health. 1990;26(2):85-88. DOI: 10.1111/j.1440-1754.1990.tb02392.x. PubMed

[5] Paavonen EJ et al. Normal sleep development in infants: findings from two large birth cohorts. Sleep Medicine. 2020;69:145-154. DOI: 10.1016/j.sleep.2020.01.009. PubMed

[6] Dias CC, Figueiredo B, Rocha M, Field T. Reference values and changes in infant sleep-wake behaviour during the first 12 months of life: a systematic review. Journal of Sleep Research. 2018;27(5):e12654. DOI: 10.1111/jsr.12654. PubMed

[7] Institut national de santé publique du Québec. Mieux vivre avec notre enfant de la grossesse à deux ans ; Société canadienne de pédiatrie, Healthy sleep for your baby and child. INSPQ

[8] Pennestri MH et al. Sleeping through the night or through the nights? Sleep Medicine. 2020;76:98-103. DOI: 10.1016/j.sleep.2020.10.005. PubMed

[9] Institut national de santé publique du Québec. Mieux vivre avec notre enfant — Pleurs du nouveau-né. Mise à jour février 2026. INSPQ

[10] Vermillet AQ et al. Crying in the first 12 months of life: A systematic review and meta-analysis of cross-country parent-reported data and modeling of the “cry curve”. Child Development. 2022;93(4):1201-1222. DOI: 10.1111/cdev.13760. PubMed

[11] Assurance Maladie. Syndrome du bébé secoué : que faire si votre bébé pleure beaucoup ? Mise à jour juin 2026. Ameli

[12] Assurance Maladie. Comment bien coucher un bébé ? Recommandations françaises de prévention de la mort inattendue du nourrisson. Ameli

[13] Office de la Naissance et de l'Enfance. Prévention de la mort subite du nourrisson et Le sommeil de votre enfant. Fédération Wallonie-Bruxelles. One

[14] Agence de la santé publique du Canada / Santé Canada. Sommeil sécuritaire pour votre bébé et Énoncé conjoint sur le sommeil sécuritaire.

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