Constipation de bébé : comprendre pour mieux l'aider.
Dernière mise à jour : 7 oct.

Je vous l’accorde, voici un sujet qui n’est pas très glamour.
Qu’on dise « aller à la selle », « déféquer » ou simplement « faire caca », le transit de bébé soulève pourtant beaucoup de questions. Et particulièrement une :
Mon bébé ne fait pas caca tous les jours. Est-il constipé ?
Pas forcément.
Chez le nourrisson, la fréquence des selles varie énormément selon l’âge, l’alimentation et tout simplement d’un bébé à l’autre. Un bébé peut pousser, rougir et pleurer sans être constipé. Un bébé allaité peut aussi rester plusieurs jours sans selle et aller parfaitement bien.
La première chose à comprendre est donc celle-ci :
On ne définit pas la constipation d’un bébé uniquement par le nombre de jours sans selle.
Pourquoi je croise des sources françaises, belges et canadiennes
Ma formation s’étant déroulée en Belgique, j’ai pris l’habitude de travailler avec des recommandations qui ne sont pas uniquement françaises.
Je croise donc les données françaises avec celles des autorités de santé belges, notamment l’ONE et Kind en Gezin, mais aussi avec les ressources canadiennes et québécoises, particulièrement riches en périnatalité et en santé du jeune enfant.
Les recommandations ne sont pas toujours formulées exactement de la même manière d’un pays à l’autre. Les confronter permet justement de distinguer ce qui relève d’un consensus scientifique de ce qui tient davantage aux pratiques nationales.
Et les selles des bébés en sont un très bon exemple.
Les selles du nouveau-né : qu’est-ce qui est normal ?
Les premières selles sont le méconium. Elles sont très foncées, épaisses et collantes. Elles apparaissent normalement dans les premières heures ou les premiers jours de vie.
À mesure que bébé reçoit du lait, leur aspect change. Elles deviennent généralement plus claires, jaunâtres, verdâtres ou brunâtres et beaucoup plus molles.[1]
Chez le bébé allaité, elles peuvent être jaunes, liquides ou grumeleuses. Ce qui peut d’ailleurs parfois faire croire à tort à une diarrhée.
Pendant les premières semaines, les selles sont généralement fréquentes
Les repères varient légèrement selon les pays.
L’Institut national de santé publique du Québec indique qu’au cours des 4 à 6 premières semaines, un bébé peut faire environ 3 à 10 selles par jour.[1]
En Belgique, Kind en Gezin indique que la plupart des bébés allaités de moins de six semaines ont au moins 3 à 5 selles par 24 heures et conseille de vérifier le déroulement de l’allaitement lorsque les selles deviennent nettement moins fréquentes.[3]
Ces chiffres ne sont pas des seuils rigides.
Ils nous rappellent surtout quelque chose d’important : chez un nouveau-né de quelques jours ou quelques semaines, des selles inhabituellement rares peuvent parfois être le signe qu’il ne reçoit pas suffisamment de lait.
L’INSPQ considère ainsi que moins d’une selle par 24 heures entre 5 jours et 4 semaines fait partie des signes qui doivent amener à vérifier les apports du bébé.[2]
Avant de chercher à « débloquer » son transit, on regarde donc aussi ses tétées ou ses biberons, ses urines, son comportement et sa prise de poids.
Et après 4 à 6 semaines ?
C’est souvent là que les parents s’inquiètent.
Un bébé allaité qui faisait plusieurs selles par jour peut soudain ne plus en faire pendant plusieurs jours.
Et cela peut être parfaitement physiologique.
L’INSPQ cite par exemple des bébés allaités qui ne font qu’une selle tous les 3 à 7 jours après 4 à 6 semaines.[1] En Belgique, Kind en Gezin considère également qu’une selle par semaine peut être une variation normale chez un bébé allaité qui grandit bien et dont les selles restent molles.[3]
Les recommandations françaises vont même un peu plus loin : l’Assurance Maladie indique que certains bébés exclusivement allaités peuvent avoir une selle tous les 8 à 14 jours, sans que cela corresponde à une constipation si le bébé va bien et que les selles restent molles.[4]
Voilà pourquoi je préfère éviter de donner un nombre de jours magique au-delà duquel un bébé serait forcément constipé.
Ce qui compte surtout, c’est la consistance des selles, la difficulté à les évacuer et l’état général du bébé.
Bébé pousse, rougit et pleure : est-il constipé ?
Pas nécessairement.
Il existe chez les petits nourrissons un phénomène très particulier : la dyschésie du nourrisson.
Le bébé pousse. Il grogne. Son visage devient rouge. Il peut pleurer plusieurs minutes. On a vraiment l’impression qu’il n’arrive pas à faire caca.
Et finalement, lorsqu’une selle arrive… elle est molle.
Les critères internationaux Rome V, actuellement utilisés pour les troubles digestifs fonctionnels, définissent la dyschésie chez un bébé de moins de 9 mois par des efforts visibles pendant au moins dix minutes avant l'émission — réussie ou non — d'une selle molle, sans autre problème médical expliquant les symptômes.[5]
Ce n’est donc pas une constipation.
Le bébé est encore en train d’apprendre à coordonner ce qu’il doit faire pour déféquer : pousser tout en relâchant correctement la zone anale.
Et oui, cela peut être particulièrement impressionnant à regarder.
Alors, à quoi reconnaît-on une véritable constipation chez bébé ?
Une selle rare n’est pas suffisante.
On pense davantage à une constipation lorsque les selles sont régulièrement dures, sèches ou difficiles et douloureuses à évacuer.
Les critères internationaux prennent également en compte une fréquence très faible, la rétention des selles, les selles très volumineuses et l'accumulation de matières dans le rectum. Plusieurs critères doivent être réunis dans le temps pour parler de constipation fonctionnelle.[5]
Autrement dit :
« Il n’a pas fait caca depuis trois jours » ne permet pas, à lui seul, de diagnostiquer une constipation.
Les recommandations françaises, belges, canadiennes et internationales convergent largement sur ce point.
Bébé allaité et bébé au biberon : les selles ne sont pas identiques
Il ne s’agit évidemment pas de mettre l’allaitement et le biberon en compétition.
Mais l’alimentation influence les selles.
Chez le bébé allaité, elles sont généralement très molles et la constipation véritable est peu fréquente.
Chez le bébé nourri avec une préparation infantile, les selles sont généralement un peu plus consistantes. C’est normal et cela ne signifie pas qu’il est constipé.[6]
Un changement de préparation infantile ou le début de la diversification alimentaire peuvent également modifier temporairement le rythme ou la consistance des selles.
Je retirerais donc complètement une idée que l’on lit encore régulièrement : « le lait infantile est plus difficile à digérer et constipe les bébés ».
C’est beaucoup trop simpliste.
Que faire si bébé semble constipé ?
La première étape n’est pas forcément de chercher quelque chose à lui donner.
Il faut d’abord regarder l’ensemble de la situation.
Vérifier que bébé reçoit suffisamment de lait
Chez un jeune bébé allaité, des selles peu fréquentes pendant les premières semaines peuvent faire partie des signes qui incitent à vérifier l’efficacité des tétées et la prise de poids.[2]
Chez un bébé nourri au biberon, il faut notamment vérifier que la préparation est correctement réalisée.
Et sur ce point, les recommandations sont très claires en France, en Belgique comme au Canada : il faut respecter exactement la quantité d’eau et de poudre prévue par le fabricant.
Une préparation trop concentrée peut notamment rendre les selles plus dures et exposer le nourrisson à une mauvaise hydratation. À l’inverse, ajouter trop d’eau modifie les apports nutritionnels dont il a besoin.[6][7]
On ne modifie donc jamais soi-même le dosage du biberon pour essayer de régler un problème de transit.
Massage et mouvements des jambes : oui, mais pour le confort
Vous pouvez masser doucement le ventre de bébé, ramener tranquillement ses jambes vers son ventre ou lui faire effectuer de petits mouvements de pédalage.
On peut également le porter dans une position regroupée s’il semble y être confortable.
Mais je préfère être précise : ce sont essentiellement des gestes de confort.
Nous n’avons pas aujourd’hui suffisamment de preuves pour affirmer qu’un massage du ventre, la chaleur ou une position particulière traite une véritable constipation.
Ils peuvent détendre bébé. C’est déjà très bien.
Il n’est simplement pas nécessaire de leur attribuer des effets physiologiques que nous ne pouvons pas réellement démontrer.
Peut-on donner de l’eau à un bébé constipé ?
C’est justement l’un des sujets sur lesquels les recommandations nationales peuvent varier.
Selon l’âge, le mode d’alimentation, la température extérieure ou le risque de déshydratation, les recommandations françaises ou québécoises peuvent prévoir de proposer de l’eau dans certaines circonstances.[1][8]
Je n’en ferais donc pas un remède systématique contre la constipation d’un jeune nourrisson.
Chez un tout-petit, particulièrement avant la diversification, mieux vaut demander conseil à un médecin, un pédiatre ou une sage-femme plutôt que d’ajouter de l’eau de sa propre initiative.
Une chose, en revanche, ne change pas : on ne dilue jamais davantage le lait infantile en ajoutant plus d’eau au biberon.
Et l’eau Hépar pour la constipation de bébé ?
C’est probablement l’un des conseils les plus transmis de génération en génération.
Mais une eau fortement minéralisée n’est pas destinée à devenir l’eau habituelle des biberons d’un nourrisson.
L’Anses rappelle que les eaux minérales naturelles fortement minéralisées ne doivent être utilisées chez le nourrisson que sur avis médical et pendant une durée limitée.[9]
Donc non : je ne conseillerais pas d’utiliser systématiquement de l’Hépar pour « faire aller bébé à la selle ».
Si une constipation nécessite réellement un traitement, autant traiter correctement la constipation.
Aucune stimulation rectale à domicile
Je vais être claire : introduire quelque chose pour provoquer une selle est un geste extrêmement invasif, qui ne doit jamais être banalisé.
Suppositoire, lavement ou autre stimulation rectale ne sont donc pas des « astuces », notamment en raison du risque de blessure.
Et lorsqu’un bébé présente une constipation qui nécessite une prise en charge médicale, c’est au professionnel de santé d’évaluer la situation et de décider du traitement adapté.
Et les probiotiques ?
Là aussi, prudence avec les promesses.
« Les probiotiques » ne représentent pas un seul produit : leurs effets dépendent notamment des souches utilisées et de l’indication.
Les données scientifiques ne permettent pas de recommander simplement « un probiotique » pour traiter la constipation d’un bébé.
L’ESPGHAN avait conclu en 2023 que les probiotiques ne pouvaient pas être recommandés comme traitement seul ou complémentaire de la constipation fonctionnelle en raison d’un manque d’efficacité démontrée.[11] Les nouvelles recommandations internationales de 2026 montrent que certaines préparations particulières font encore l’objet de recherches, mais avec des niveaux de preuve faibles : cela ne justifie toujours pas une recommandation générale de probiotiques pour un bébé constipé.
Quand faut-il consulter pour la constipation d’un bébé ?
Quelques situations justifient de demander rapidement un avis médical :
une constipation présente dès la naissance ou les toutes premières semaines ;
un nouveau-né qui n’a pas évacué son méconium dans les 24 à 48 premières heures ;
des selles très dures associées à des douleurs importantes ;
un ventre très gonflé ou inhabituellement tendu ;
des vomissements, de la fièvre ou un refus de boire ;
une mauvaise prise de poids ;
du sang dans les selles ;
un bébé qui paraît malade, très abattu ou dont le comportement change nettement.
Ces signes ne signifient pas forcément qu’il existe une maladie, mais ils nécessitent de ne pas simplement attribuer le problème à une constipation banale
Finalement, observer avant de vouloir intervenir
Les selles de bébé peuvent être déroutantes.
Parce qu’elles sont très fréquentes… puis soudain beaucoup moins. Parce qu’un bébé peut devenir rouge écarlate pour finalement produire une selle parfaitement molle. Et parce qu’on nous a transmis beaucoup de petites « astuces » pour l’aider à faire caca.
Mais avant de chercher à déclencher une selle, il est utile de se poser une question beaucoup plus simple :
Est-ce vraiment de la constipation ?
Si bébé boit bien, grandit normalement, semble en forme et finit par émettre une selle molle, quelques jours sans selle ne sont pas nécessairement un problème.
En revanche, des selles régulièrement dures et douloureuses, une gêne importante ou des signes inhabituels méritent un avis médical.
Comprendre ce qui est physiologique permet parfois de faire quelque chose de très utile pour son bébé :
ne rien lui faire du tout.
Cet article apporte des informations générales et ne remplace pas un avis médical adapté à votre enfant.
Marie - Cet article est issu d’un travail de recherche et de croisement de recommandations françaises, belges, canadiennes et de publications scientifiques. Il ne constitue pas un avis médical.
Sources et références scientifiques
[1] Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Urine et selles du nouveau-né, Mieux vivre avec notre enfant. Repères concernant le méconium, la fréquence des selles pendant les premières semaines et les selles rares du bébé allaité. INSPQ
[2] Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Bébé boit-il assez ? Mise à jour du 17 février 2026. Repères concernant les urines, les selles, la prise de poids et l’évaluation des apports du nouveau-né. INSPQ
[3] Kind en Gezin, Belgique. Hoe geef je borstvoeding? Recommandations concernant les selles du nourrisson allaité, leur fréquence pendant les six premières semaines et les variations physiologiques ultérieures. Kindengezin
[4] Assurance Maladie, France. Reconnaître la constipation chez l’enfant, mise à jour 2025. Repères concernant la fréquence, la consistance des selles et les selles rares du nourrisson exclusivement allaité. Ameli
[5] Rome Foundation. Rome V Diagnostic Criteria – Pediatric Defecation and Anorectal Disorders, 2026. Critères diagnostiques de la dyschésie du nourrisson et de la constipation fonctionnelle pédiatrique. The Rome Foundation
[6] Kind en Gezin, Belgique. Maagdarmstelsel et recommandations relatives à l’alimentation au biberon. Données concernant les variations normales des selles, la constipation du nourrisson et la bonne reconstitution des préparations infantiles. Kindengezin
[7] Santé Canada. Reconstitution et manipulation d’une préparation en poudre pour nourrissons, actualisé en 2025. Santé Canada insiste sur le respect exact des proportions d’eau et de poudre indiquées par le fabricant. Gouvernement du Canada
[8] Assurance Maladie, France. Constipation de l’enfant : que faire et quand consulter ?, 2025. Recommandations sur la préparation des biberons, les traitements et les gestes à éviter, dont la stimulation avec un thermomètre. Ameli
[9] Anses. Étude de l’alimentation totale infantile – Avis et rapport de l’Anses, saisine 2010-SA-0317. L’Anses rappelle que les eaux minérales naturelles fortement minéralisées ne doivent être utilisées chez le nourrisson que sur avis médical et pendant une durée limitée. ANSES
[10] Gordon M, de Geus A, Boruta M, et al. European Society for Paediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition/North American Society for Pediatric Gastroenterology, Hepatology and Nutrition guidelines for treatment of functional constipation in children aged 0–18 years. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition. 2026;83(2):335-366. DOI: 10.1002/jpn3.70447. Nouvelles recommandations internationales ESPGHAN/NASPGHAN publiées en août 2026. PubMed
[11] Szajewska H, Berni Canani R, Domellöf M, et al. Probiotics for the Management of Pediatric Gastrointestinal Disorders: Position Paper of the ESPGHAN Special Interest Group on Gut Microbiota and Modifications. Journal of Pediatric Gastroenterology and Nutrition. 2023;76(2):232-247. Recommandations concernant notamment les probiotiques et la constipation fonctionnelle.



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